DOSSIER

Mise en garde au chef Bamendjou : Droit dans ses bottes, le préfet Yampen Ousmanou impose le respect des valeurs républicaines

Un acte perçu comme une alerte à certains chefs traditionnels qui ont du mal à se conformer aux exigences de la République.

Le préfet du département des Hauts-plateaux vient de servir une nouvelle mise en garde au chef supérieur du groupement Bamendjou. Une deuxième à l’espace de six mois, après celle du 24 juillet 2020. Sa Majesté Sokoundjou Jean Philippe Rameaux est accusé d’insubordination et du non respect des institutions de la République. Il brille par des sorties intempestives et incendiaires qui, selon l’autorité administrative, pourraient mettre en péril la cohésion sociale. La première mise en garde faisait suite à une concertation politique en violation des lois de la République, organisée le 18 juillet 2020 à la chefferie Bamendjou, en présence de plusieurs figures politiques dont les plus critiques de l’ordre gouvernant. Ce qui n’était pas du goût de l’administration qui a vu ainsi son autorité bafouée, par un de ses auxiliaires qui n’a pas cru devoir solliciter une autorisation pour un tel regroupement, ou ne serait-ce qu’une simple lettre d’information adressée au préfet ou au sous-préfet de son unité de commandement.

Donneur de leçons

Malgré la première mise en garde qui avait fait l’objet de beaucoup d’interprétations et même de répliques, le monarque Bamendjou n’a pas cru bon de limiter ses sorties jugées dangereuses pour la cohésion sociale. Au contraire, il les accentue sur la toile, avec application par certains médias et hommes politiques qui semblent avoir le même dessein que ce dernier. En servant la deuxième mise en garde ce 19 janvier 2021 au chef Bamendjou, le préfet du département des Hauts-plateaux exprime sa colère et menace d’aller au-delà de la mise en garde au prochain égarement. “Autoproclamé donneur de leçons, vous incitez ainsi les populations à la révolte et à l’insurrection (…) Face à ces dérives, je vous invite à faire preuve d’un sens élevé de responsabilité, digne de votre statut de gardien des traditions. Aussi, ai-je l’honneur de vous rappeler que toute nouvelle sortie cybernétique ou médiatique intempestive de votre part, au mépris du respect de l’État de droit et des institutions de la République, vous exposera à la rigueur de la loi” , écrit le préfet Yampen Ousmanou.

Ce qui se vit entre le préfet des Hauts-plateaux et le chef supérieur du groupement Bamendjou, traduit l’ignorance ou mieux, le manque de volonté chez certains gardiens des traditions ancestrales, de s’arrimer aux principes de la République. En tant que République, le Cameroun reconnaît des chefs traditionnels le statut d’auxiliaires d’administration, ceci en vertu du décret numéro 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Une considération qui impose la collaboration entre les représentants de l’administration que sont les préfets et les sous-préfets avec les chefs traditionnels. Il se trouve malheureusement que certains ont du mal à se départir de la réalité d’avant indépendance, qui faisait des chefs des tout Puissants, la République n’existant pas à l’époque. En attendant une éventuelle révision de la constitution pour faire du Cameroun une monarchie (ce qui est une utopie), il va falloir se soumettre aux exigences des lois de la République, à défaut de se faire châtier par cette loi qui est impersonnelle.

Sébastien ESSOMBA

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