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Éditorial – Il est temps de partir : le cri de vérité de Célestin Bedzigui

Devant un public médusé réuni au Palais des Congrès de Yaoundé, Célestin Bedzigui, président national du PAL, a jeté un pavé dans la mare. Il renonce à toute ambition personnelle et appelle les “vieux lions” de la scène politique camerounaise à faire de même. Un acte rare de lucidité dans une République où l’éternité au pouvoir semble être une vocation. Un électrochoc salutaire dans un pays qui peine à faire place à sa jeunesse.

Il y a des instants rares en politique où la vérité jaillit, nue, lucide, indiscutable. Ce 12 juillet 2025, lors du 3ᵉ congrès du Parti de l’Alliance Libérale (PAL), une voix s’est élevée, différente des chants habituels de gloire ou de promesse creuse. Celle de Sa Majesté Célestin Bedzigui, Président national du PAL, figure historique de la scène politique camerounaise. Une voix d’homme d’expérience, mais surtout de conscience, qui a eu le courage de dire ce que beaucoup pensent tout bas : “Notre temps est passé.”

Dans un pays où les fauteuils politiques se transmettent moins que les responsabilités, et où les hommes s’accrochent au pouvoir comme à une rente à vie, cette déclaration a résonné comme un coup de tonnerre. « Je ne serai pas candidat pour mon parti. J’ai fait ce que j’avais à faire. Je passe la main à la jeunesse. » Cette parole, d’apparence simple, est en réalité un acte politique majeur. Un geste de dignité, une rupture avec la vieille culture du pouvoir confisqué, de la relève étouffée, du leadership fossilisé.

Et Bedzigui n’en est pas resté là. Il a cité, avec courage, des noms : Issa Tchiroma, Bello Bouba, Maurice Kamto, Paul Biya. Pas pour les fustiger gratuitement, mais pour leur tendre un miroir : « Nous sommes déjà vieux. Laissons la jeunesse. Libérons le Cameroun. Partons, partons. ». Voilà des mots que l’Histoire retiendra.

Car oui, la vérité est là. Le Cameroun est en otage d’une génération qui refuse de décrocher. Une génération qui, au lieu de préparer la relève, bloque les issues, recycle les échecs, et perpétue le cycle de l’épuisement politique. Pendant ce temps, la jeunesse, pleine d’idées, d’énergie, et de rêves, se voit méprisée, marginalisée, ou récupérée dans des rôles de figurants politiques.

Il faut le dire avec force, le problème du Cameroun n’est pas seulement économique, il est générationnel. Il est celui d’une élite qui s’estime irremplaçable, d’un leadership qui refuse le passage de témoin, d’un système où l’âge est devenu synonyme de pouvoir, et la jeunesse, synonyme de menace. Mais l’heure est venue de briser ce tabou.

Le geste de Célestin Bedzigui ouvre une brèche. Il montre qu’on peut être ancien sans être archaïque, qu’on peut avoir servi et savoir s’effacer. Il rappelle que le véritable leadership ne se mesure pas à la longévité dans les postes, mais à la capacité de préparer l’après-soi, de transmettre, d’encadrer, d’éclairer sans dominer. Alors oui, qu’ils entendent cet appel. Qu’ils entendent le chant de la lucidité. Qu’ils comprennent que le refus de partir, c’est le refus de faire grandir. Et qu’en bloquant la jeunesse, c’est la nation toute entière qu’on condamne à l’immobilisme.

Le Cameroun a besoin d’un nouveau souffle. Il a besoin de leaders qui comprennent que le pouvoir est un service, pas un trône. Il a besoin d’une jeunesse libre d’innover, de rêver, d’oser. Il est temps. Il est grand temps.

Houzerou NGOUPAYOU

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